Lors du workshop -resté célèbre- de Christian Vogt aux Rencontres d’Arles 1980 (“The way you are in Photography”) le Pola SX 70 m’a montré, outre la facilité d’utilisation pour avoir un résultat immédiat, les indéniables qualités du résultat final, en terme de couleur et de rendu photographique. Depuis, même avec l’avènement du numérique, je double très souvent mes séries en lumière naturelle par quelques images “instantanées”. Mais le SX 70 et le 778 qui lui avait succédé, ont disparu.  Puis maintenant le 600 et le 779. La nouvelle aventure de "The Impossible Project" tiendra-t-elle ses promesses?

        Mais, parallèlement, à la chambre, en 4 x 5 et en 8 x 10 je continue à explorer ces films magnifiques que sont le 59 et le 809 en couleur, et le 55PN en noir et blanc.

On trouvera sur le site de la Revue Regards, , les explications techniques. Un numéro de la Revue de Photographie Regards a été consacré à ces procédés Polaroid, sous ma direction. En voici l'introduction.

“polaroid”

polaroids SX 70
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Polaroid


Polaroid... Ou comment un procédé technique génial est devenu au fil des ans un mode d’expression artistique à part entière. Inventé par Edwin Land en 1947 et conçu initialement pour donner une image ”immédiate”, unique et ne nécessitant pas le passage par la case ”laboratoire”, il a tiré de ces caractéristiques la possibilité de devenir en soi une vraie création plastique. Ses défauts sont devenus des qualités. Ses notices d’utilisation ont été contournées, détournées, pour prendre, dans certaines des étapes de la création d’image, des possibilités d’intervention qui rendent le résultat ”so arty”. La technique des transferts sur papier aquarelle, à la fois précise et aléatoire, permet des œuvres uniques et originales. Le Polaroid a précédé de plusieurs décennies le numérique -qui possède aussi l’immédiateté et l’indépendance du labo- ce numérique qui l’a tué, aidé dans le ”meurtre” par les raisonnements économiques à court terme de financiers bien éloignés de la photographie.


Car, en 2009, le Polaroid est mort. Finis les films légendaires, le 55PN, le 59, le 669, le SX 70 (des noms ésotériques tellement chargés de sens...), leur fabrication est arrêtée, ils n’existent plus que dans nos réfrigérateurs, pour les protéger -un peu- de l’altération du temps. Nous tirons nos dernières cartouches qui, du coup, créent des images encore plus rares, encore plus uniques, encore plus particulières.


On dit ”le Polaroid”, mais on devrait utiliser le pluriel, tant la variété de ces films instantanés est grande, les procédés différents. Adaptables à tous les formats existants, les fims Polaroid ont aussi été développés pour des appareils de prise de vue dédiés tels les mythiques SX 70 au bruit d’éjection  inimitable, jusqu’à des chambres de très grand format (50 x 60 cm, dont seuls trois exemplaires existent au monde) qui restent pour beaucoup l’apogée quasi parfaite d’une technologie unique.


Le processus s’est inversé : il y a vingt ans, le photographe faisait un Polaroid avant de faire les films, couleur ou noir et blanc, qui deviendraient ”l’image décisive”. Aujourd’hui, afin d’éviter de gâcher un film pola, je vérifie en numérique éclairage, exposition et cadrage avant d’utiliser le précieux support...


Mais le Polaroid a aussi influencé le contenu de l’image. Par le côté secret, ne passant pas sous les yeux du photographe de quartier, le Polaroid a été très tôt utilisé pour une photographie de l’intime (et parfois plus...). La spécificité de la restitution des couleurs a autorisé une réappropriation pictorialiste par des photographes moins intéressés par la fidélité du rendu, toujours améliorée, des films argentiques. En évitant le trop réel, il permettait l’intervention. En noir et blanc, le film 55 PN restituait une gamme de gris unique par sa tolérance du contraste et sa précision, permettant un rendu des détails qui n’existait pas dans les films argentiques classiques. C’est ainsi que, des années 70 à sa disparition, le pola a été utilisé par les grands noms de l’art photographique. Avedon, Newton, Mapplethorpe, Frank, Clergue, Sieff, Araki et tant d’autres l’ont employé pour ses particularités. Des photographes comme Lucas Samaras ont produit la quasi-totalité de leur œuvre autour de ces procédés. Ansel Adams y a consacré une monographie ”culte”, technique et artistique, et a contribué à la création de collections d’œuvres venues du monde entier et ayant fait l’objet de nombreuses publications.


Sa facilité d’usage a aussi permis un nouveau champ : des artistes plasticiens, non photographes au sens pur et dur du terme, ont utilisé ces ”instant cameras” pour une création caractéristique : Warhol, Hockney en sont deux exemples frappants, mais c’est dans les dix dernières années qu’on a vu ce métissage artistes plasticiens/photographes devenir évident, si ce n’est même envahissant et parfois excessif.


Du coup, effet de mode ou vrai engouement pour les qualités du médium, cette impression que la disparition du pola provoquerait un vide insurmontable dans la création a donné des idées à certains. ”The impossible project”, probable renaissance du procédé est sur les rails et doit voir le redémarrage d’une production -a priori commençant par un film N&B pour les SX et 600 en février 2010- aux Pays Bas. Mais j’ai peu d’espoir de retrouver le film Pola 809 20 x 25 à l’origine du transfert page 5... Plus que 10 photos...


On le voit, la beauté et la spécificité de ces différents procédés ont permis un art à part entière. Beaucoup de magazines publient régulièrement des images réalisées au Polaroid. Avec ce #3 de la Revue photographique ”Regards”, nous avons voulu mettre un éclairage particulier sur neuf photographes qui ont dans leur travail personnel, approfondi et adapté le Polaroid à leur pratique. Mais cette adaptation est profondément photographique. Plusieurs utilisent pour cela une chambre grand format, s’éloignant de la simplicité technique pour obtenir à leur façon l’image décisive. Technique et inspiration doivent aller de pair dans cette création. En cela peut être, l’utilisation du Polaroid est une excellente synthèse de ce que doit être la Photographie tout court, Photographie avec un grand P.


Pierre Corratgé, décembre 2009.




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